
KATIA BOUCHOUEVA
Katia Bouchoueva est née en 1982 à Moscou (alors URSS). Depuis 2002, elle vit à Grenoble. Aime beaucoup cette ville. Elle a publié dans les revues Bacchanales, Place de la Sorbonne, L’Intranquille, Microbe, La cinquième saison et sur le site REALPOETIK. Auteure de Doucement ( !) (éd. Publie.net, 2020), Alger céleste (éd. Publie.net, 2019), Equiper les anges – et dormir, dormir (éd. La Passe du vent, 2017), Tes oursons sont heureux (éd. Color Gang, 2015) et C’est qui le capitaine ? (éd. L’Harmattan, 2010). Elle construit à la fois auditif et optique – pour mélanger, dans un mouvement d’un tour complet, le haut et le bas, le dedans et le dehors.
Bibliographie
***
Carro
COUILLE
Il disait : « je m’en bats, je m’en bats les couilles »,
le jeune homme aux traits fins –
et la mer revenait.
Je m’en vais, je m’en vais.
Il s’en va, il s’en va
ce nuage autonome
qui se forme tout seul dans l’air marin –
et la mer lui pardonne.
Non pas molle, mais tendre,
et quelques années-lumière traversant,
ni kiwi, ni oursin,
il est couille et jeune homme à la fois.
Il s’en va, il s’en bat, il s’en va.
Christ, Bouddha, Bob Marley, Kurt Cobain et Che Guevara –
comme des kystes tropicaux pour les uns,
comme des phares bretons pour d’autres –
sont debout à l’entrée : t’en va pas, t’en va pas.
Se soulève le plancton : végétaux, animaux (leurs petits yeux rigolos),
nos organes vitaux,
non vitaux ont déjà disparu et personne sur la côte
pour dire quoi que ce soit.
Mais j’entends : va nuage, va oursin,
va carcasse
du bateau difficile,
va citron à la peau jaune et dure
─ à toute allure – de ton maillot de bain
tu te débarrasses, serpent
– azur.
***
Plage de Portbou
PETITES CRIQUES DE CHARME
Petites criques de charme parsèment le littoral.
J’y suis allée, j’y ai trouvé une arme
et un gilet pare-balle.
petites criques de charme
charmantes mademoiselles
bogosses en cavale
J’y ai trouvé aussi de courtes et belles
paroles dans les platanes,
deux petits oiseaux perdus (à qui ? à vous ?).
j’y ai trouvé des mots d’amour,
des trous dans l’âme,
des savoureuses fraises vendues pas cher,
des phrases en rouge et gras du code pénal.
Ecoute :
Je suis un cabanon perché
sur un rocher
chantant
mal comme un pied malade.
Tu m’entends ?
Toi, allongé sur la serviette de mon pardon
que je n’ai jamais accordé,
mais que je fais rouler
dans l’or et dans la beuh,
que je ferai rouler encore.
Humains ou pas humains,
la fin du monde ou pas la fin du monde,
la mort ou pas la mort,
goéland-cabanon, putain d’arche de Noé,
ne flippe pas, ne prends pas feu,
parle un tout petit peu moins fort,
vole un tout petit peu plus bas.
Bientôt :
paysages sans humains,
villages sans crimes,
rivières sans boue,
plages sans matelas gonflables, c’est-à-dire :
SANS NOUS, SANS NOUS, SANS NOUS, SANS NOUS !
***
NUIT
Louis XIV, maman,
Franco, Poutine et moi
vendeuse de glaces à Barcelone
sommes aux urgences célestes
cette nuit.
J’y suis pour un rhume,
Franco pour une grippe,
Poutine aussi,
Louis XIV pour une peste
noire bubonique.
Toi – ironique
toujours, maman,
ton sens pratique,
ta danse des petits déjeuners à 7h du matin,
ton pote curé de la Santa Maria del mar,
des êtres, des êtres et des aliments
qu’on garde pour plus tard
pour les savourer – simples et magnifiques.
Et attendant je suis ici
avec ces mecs illustres et malades.
Nous sommes ici :
Louis XIV et XIII, Napoléon,
les princes de Saxe et moi
vendeuse de quoi déjà ?
Louis vomit,
Louis, sa maladie,
sa grosse marine, ses mousquetaires
20 ans après et 120 après
et 150.
Trois mousquetaires
trois pauvres âmes étonnantes
me disent que tu es grande,
que tu es grande.
Je lis tes mails et écoute ta nuit.
Katia Bouchoueva (inédit)
Katia Bouchoueva est née en 1982 à Moscou (alors URSS). Depuis 2002, elle vit à Grenoble. Aime beaucoup cette ville. Elle a publié dans les revues Bacchanales, Place de la Sorbonne, L’Intranquille, Microbe, La cinquième saison et sur le site REALPOETIK. Auteure de Doucement ( !) (éd. Publie.net, 2020), Alger céleste (éd. Publie.net, 2019), Equiper les anges – et dormir, dormir (éd. La Passe du vent, 2017), Tes oursons sont heureux (éd. Color Gang, 2015) et C’est qui le capitaine ? (éd. L’Harmattan, 2010). Elle construit à la fois auditif et optique – pour mélanger, dans un mouvement d’un tour complet, le haut et le bas, le dedans et le dehors.
Bibliographie
- Doucement ( !), éditions publie.net, collection l’Esquif, 2020
- Alger céleste, éditions publie.net, collection l’Esquif, 2019, première sélection du prix révélation poésie du SDGL (Société des gens de lettres)
- Equiper les anges – et dormir, dormir, éditions La Passe du Vent, 2017
- Jeux de slam, ateliers de poésie orale, avec C.Vorger et D. Abry, éd. PUG, 2016
- Tes oursons sont heureux, éditions Color gang, 2015, avec l’aide du CNL (Centre National du livre)
- Livre d’artiste Guichet N°12, avec les œuvres d'Yves Orly, éditions Color gang, 2014.
- C'est qui le capitaine ?, éditions L'Harmattan, 2010
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Carro
COUILLE
Il disait : « je m’en bats, je m’en bats les couilles »,
le jeune homme aux traits fins –
et la mer revenait.
Je m’en vais, je m’en vais.
Il s’en va, il s’en va
ce nuage autonome
qui se forme tout seul dans l’air marin –
et la mer lui pardonne.
Non pas molle, mais tendre,
et quelques années-lumière traversant,
ni kiwi, ni oursin,
il est couille et jeune homme à la fois.
Il s’en va, il s’en bat, il s’en va.
Christ, Bouddha, Bob Marley, Kurt Cobain et Che Guevara –
comme des kystes tropicaux pour les uns,
comme des phares bretons pour d’autres –
sont debout à l’entrée : t’en va pas, t’en va pas.
Se soulève le plancton : végétaux, animaux (leurs petits yeux rigolos),
nos organes vitaux,
non vitaux ont déjà disparu et personne sur la côte
pour dire quoi que ce soit.
Mais j’entends : va nuage, va oursin,
va carcasse
du bateau difficile,
va citron à la peau jaune et dure
─ à toute allure – de ton maillot de bain
tu te débarrasses, serpent
– azur.
***
Plage de Portbou
PETITES CRIQUES DE CHARME
Petites criques de charme parsèment le littoral.
J’y suis allée, j’y ai trouvé une arme
et un gilet pare-balle.
petites criques de charme
charmantes mademoiselles
bogosses en cavale
J’y ai trouvé aussi de courtes et belles
paroles dans les platanes,
deux petits oiseaux perdus (à qui ? à vous ?).
j’y ai trouvé des mots d’amour,
des trous dans l’âme,
des savoureuses fraises vendues pas cher,
des phrases en rouge et gras du code pénal.
Ecoute :
Je suis un cabanon perché
sur un rocher
chantant
mal comme un pied malade.
Tu m’entends ?
Toi, allongé sur la serviette de mon pardon
que je n’ai jamais accordé,
mais que je fais rouler
dans l’or et dans la beuh,
que je ferai rouler encore.
Humains ou pas humains,
la fin du monde ou pas la fin du monde,
la mort ou pas la mort,
goéland-cabanon, putain d’arche de Noé,
ne flippe pas, ne prends pas feu,
parle un tout petit peu moins fort,
vole un tout petit peu plus bas.
Bientôt :
paysages sans humains,
villages sans crimes,
rivières sans boue,
plages sans matelas gonflables, c’est-à-dire :
SANS NOUS, SANS NOUS, SANS NOUS, SANS NOUS !
***
NUIT
Louis XIV, maman,
Franco, Poutine et moi
vendeuse de glaces à Barcelone
sommes aux urgences célestes
cette nuit.
J’y suis pour un rhume,
Franco pour une grippe,
Poutine aussi,
Louis XIV pour une peste
noire bubonique.
Toi – ironique
toujours, maman,
ton sens pratique,
ta danse des petits déjeuners à 7h du matin,
ton pote curé de la Santa Maria del mar,
des êtres, des êtres et des aliments
qu’on garde pour plus tard
pour les savourer – simples et magnifiques.
Et attendant je suis ici
avec ces mecs illustres et malades.
Nous sommes ici :
Louis XIV et XIII, Napoléon,
les princes de Saxe et moi
vendeuse de quoi déjà ?
Louis vomit,
Louis, sa maladie,
sa grosse marine, ses mousquetaires
20 ans après et 120 après
et 150.
Trois mousquetaires
trois pauvres âmes étonnantes
me disent que tu es grande,
que tu es grande.
Je lis tes mails et écoute ta nuit.
Katia Bouchoueva (inédit)